Rock Odyssey par Arcade Fire

Le groupe Arcade Fire avec Win Butler (au centre) en concert à l'occasion de la réouverture de Koko le 29 avril 2022 à Londres.

C’est le grand soir chez Koko. Ce lieu rococo délicieusement décadent du quartier de Camden à Londres a été dévasté par un incendie en janvier 2020 et a finalement rouvert le vendredi 29 avril. Et ça vaut le coup Rhapsodie en bleu attendre avant le concert. Car le prestige de ce théâtre, que commémore une plaque sur la façade, ayant accueilli en 1972 la dernière réunion du “Goon Show” de la BBC – le trio infernal des comédiens Peter Sellers, Spike Milligan et Harry Secombe – lui a valu une visite les Canadiens Arcade Fire, proclamés sauveurs du rock depuis 2004, malgré le titre lugubre de leur premier album, enterrement. Ici aussi, le Koko est le théâtre de retrouvailles, puisque le groupe autour du couple Win Butler-Régine Chassagne n’avait plus joué sur le sol européen depuis l’été 2018. Pour les 1 400 spectateurs, l’impatience est une boule à facette géante qui décore le plafond d’un lieu peint aux couleurs du désir : tout rouge, avec des dorures et des cariatides nues.

Absent tout ce temps, Arcade Fire n’est pas venu les mains vides. Les murs de Mornington Crescent, la station de métro toute proche, sont couverts d’affiches annonçant un sixième album, sous un œil hétérochrome, avec un iris violet et bleu et une pupille représentant un trou noir. Bonne nouvelle pour ceux qui sont déboussolés par la révolution électro réflecteur (2013) et les ambiances de danse detout maintenant (2017). Avec LA MÉTÉO, Arcade Fire revient à ses fondamentaux rock, pop et folk. Bien que tout maintenant (la chanson), improbable compromis entre la diversité d’ABBA et la flûte pygmée de Francis Bebey, a remporté l’applaudimètre chez Koko. Que Win Butler accueillera avec vengeance « Au diable les haineux ! ».

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Alors que son prédécesseur allait dans trop de directions, LA MÉTÉO se présente comme un concept album eschatologique en deux parties : je et LA MÉTÉOun singulier solitaire et aliéné, un pluriel plus ensoleillé et propice, “comment passer de l’ombre à la lumière”, raconte Régine Chassagne. Seulement sept titres avec le grandiose à l’honneur fin d’empire, elle-même divisée en quatre segments numérotés. Commentant la chute de l’empire américain, obsession montréalaise s’il en est, ce tour de force déploie une partie de l’allure musicale d’Arcade Fire : il débute comme une tendre ballade à la Lennon, muette au glam rock, le Ziggy Stardust renoue avec retour à la fragilité d’un Neil Young. Régine Chassagne avait la mélodie dans la tête depuis vingt ans “Win et je viens de me rencontrer”.

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