Que reste-t-il du film de Gad Elmaleh ? Plus qu’un peu

L’un des grands mérites du film Reste un peu est de répéter que la frontière entre judaïsme et christianisme est poreuse. Jean Duchesne, son exécuteur testamentaire littéraire, rappelle que l’Église a beaucoup à recevoir d’Israël, comme l’a déjà montré Aron Jean-Marie Witzer.

Qu’y at-il à dire? reste un peu, le film de Gad Elmaleh ? Les médias catholiques lui ont accordé l’attention qu’elle méritait, car il s’agit d’un Juif sur le point d’être baptisé. Les critiques de cinéma n’ont pas manqué d’expliquer le produit insolite qui a été livré à leur expertise : un témoignage transformé en fiction, dans lequel les vrais protagonistes (presque tous) jouent leur propre rôle. Les sites “People” ont bien sûr capitalisé sur cette histoire familiale centrée autour d’une célébrité s’aventurant hors de leur domaine de gloire. Et le réalisateur par intérim très recherché a lui-même donné plusieurs interviews dans lesquelles il a pu s’expliquer sans se laisser cataloguer. Pour notre part, cependant, nous pouvons oser quelques réflexions.

Religion : à l’intérieur bien plus qu’à l’extérieur

Il ne faut surtout pas faire la fine bouche lorsque l’actualité braque ses projecteurs sur la « religion » proprement dite, pour susciter l’intérêt et le déploiement quasi universels des croyances, pratiques et passions qu’elle suscite invinciblement. , plutôt que de se vautrer stérilement dans la disgrâce, de défigurer ou de quantifier son impact sur la culture et la société comme s’il s’agissait d’un phénomène purement formel et extérieur, scientifiquement mesurable, bien que refoulé de l’espace public par le principe de laïcité. Le film de Gad Elmaleh, quant à lui, met l’accent sur l’intériorité, la relation personnelle – elle aussi intime – avec un au-delà insaisissable qui se rend pourtant accessible à travers les traditions et de nombreux petits signes et gestes qui orientent notre regard vers le monde, la vie, les autres et soi-même.

Il est peu probable qu’un catholique convaincu et instruit reconnaisse la plénitude de sa foi dans le christianisme qui fascine le héros reste un peu sans se décider à se donner entièrement à elle. Mais le film ne prétend pas être un catéchisme, encore moins un traité complet de théologie systématique. Combien de nos ancêtres ou prédécesseurs n’ont pas mérité le ciel sans pouvoir justifier rationnellement leur observance et de surcroît leur être impeccablement fidèles ? L’une des petites phrases les plus fortes des dialogues entre le fils et ses parents, qui croient qu’ils le perdront s’il se fait baptiser, est son affirmation paradoxale selon laquelle ce n’est pas lui qui prend ses propres décisions et que personne d’autre n’est manipulé.

messagers de Dieu

Sans pouvoir l’expliquer aussi théoriquement, il n’est pas directement attiré par le Dieu qui lui apparaîtrait, appelé, mais par ses représentants et émissaires plus ou moins conscients ou involontaires qui, loin de le priver de sa liberté, prospèrent et prospèrent. l’engageant dans une quête sans ambition d’appropriation. Et ces messagers vont de la dévotion mariale et des bougies dans les églises à un prêtre, une religieuse et une jeune fille rayonnante (qui lui a refusé de jouer son rôle). Elle prend soin d’un vieil homme désabusé et accablé dont il lave les pieds comme Jésus l’a fait pour ses disciples. Ce qui en fait une série de scènes troublantes qui ont laissé les critiques muettes et que Gad Elmaleh n’a pas pris la peine de commenter dans les nombreuses interviews qu’il a accordées.

On découvre ainsi une foi qui se vit sans professer de règles, inébranlable mais sans rigidité, et qui laisse place à l’humour. Il ne faut pas se moquer de cela, car le sourire est un refus de juger face à l’inadéquation apparente d’une logique par rapport à la réalité à laquelle elle est destinée à faire face. C’est donc une forme d’humilité, palpable dans l’épisode (fictif) où les parents assument que la statue de la Vierge qu’ils trouvent dans les bagages de leur fils est contagieuse, ou lorsque ce dernier reste bouche bée face à la complexité des horaires de bureau variables dans une abbaye, comme le lui dit le cistercien qui le reçoit avec une sécheresse impersonnelle.

Défis à l’Église et à Israël

L’humour indulgent (par opposition à l’ironie ridicule) pour les (petites) faiblesses humaines apparaît ici comme un aspect du judaïsme quelque peu absent du christianisme. Ce dernier a certainement retrouvé progressivement ses racines bibliques et l’inséparabilité du Premier Testament et du Nouveau dans sa théologie, sa liturgie et sa spiritualité au XXe siècle. Il lui reste à mesurer la fidélité de Dieu à ses promesses au peuple d’Israël. Ce choix irrévocable signifie que le judaïsme n’est pas une origine lointaine, mais une source toujours vivante, teintée d’humour par des tortures qui auraient annihilé toute autre identité. Il reste aussi au catholicisme, après une ère d’expansion qui semblait irréversible dans nos climats, à apprendre aussi à survivre sans oublier de sourire, non plus à l’hostilité, mais désormais à l’indifférence et à la dissolution dans les modes du moment.

Après des siècles d’oppression, Israël est toujours confronté au défi de situer le développement du christianisme dans sa propre histoire

Israël est toujours confronté au défi de situer le développement du christianisme dans sa propre histoire, après des siècles d’oppression (sans adhésion à une église !) par les masses d’idolâtres païens en réponse à la persécution et au mépris. Et il reste aux chrétiens comme aux juifs à comprendre que le dessein de Dieu d’être le Père de tous s’accomplira infailliblement, mais pas avant la fin de ce monde, pas même grâce à leurs efforts et à leurs vertus – dont ils ne manquent pas encore alors que en attente. Ces tensions sont, bien sûr, la motivation ultime du film de Gad Elmaleh, et donc Cardinal Unfaller, qui est né Juif et est responsable de son reste, il y a une référence récurrente : Si Gad est baptisé, ce sera forcément Jean-Marie.

L’exemple du cardinal juif

L’histoire d’Aron Jean-Marie Witzer est certainement très différente de celle de Gad Elmaleh : le premier est le fils d’un ashkénaze peu croyant et sa sœur le suit spontanément ; le second est issu d’une famille séfarade plus traditionnelle et sa sœur pense qu’il traverse une crise de la quarantaine. Surtout, en 1940, le jeune de 14 ans sort le grand jeu, se fait baptiser et est à un pas de la papauté, tandis que l’homme du film s’évade au dernier moment. Néanmoins, le futur archevêque de Paris avait ouvert une voie auparavant bloquée lorsqu’il disait à ses parents : « Ma démarche ne me permet pas d’abandonner la constitution juive, mais la trouve au contraire pour lui donner une plénitude de sens. »

L’Église a déjà beaucoup appris de ce Juif, qui est devenu l’une de ses figures les plus influentes. Malgré ce que dit le rabbin compatissant qui reçoit Gad Elmaleh, il n’a pas prêché en yiddish lors de son intronisation à Notre-Dame de Paris en 1981, mais est allé plus loin, déclarant que c’était “comme si les crucifix s’étaient mis à porter l’étoile jaune”. . Et le Kaddish devant la même cathédrale lors de ses obsèques en 2007 n’était qu’un prélude à une messe, tout comme la Nouvelle Alliance est venue après la première sans la remplacer. Il a ainsi montré que la frontière entre Israël et l’Église devenait, et a toujours été, poreuse.

N’oubliez pas l’humour ou le choix

Les catholiques ont encore beaucoup à apprendre du judaïsme – et pas seulement de la Bible et de la loi mosaïque, qu’ils lui empruntent sans avoir le droit de se les approprier. Vous commencez à apprécier l’humour : voyez le succès de la pièce Monsieur le curé fait une criseactuellement en tournée en France d’après un roman de feu Jean Mercier, journaliste à la vieet réalisé par Mehdi Djaadi, islamiste converti et acteur qui apparaît dans reste un peu. L’étape suivante pourrait être de reconnaître que, tout comme on ne peut plus être juif, appartenir à une nation dont l’identité s’est construite, qu’on le veuille ou non, sur la foi chrétienne représente une sorte d’élection qui s’applique à tous. résistances et négations, et tout cela permet le retour d’enfants prodigues.

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