quatre ans de prison pour un restaurateur de films après un incendie meurtrier

Deux personnes sont mortes dans l’incendie d’un immeuble de huit étages à Vincennes en août 2020. Les rouleaux étaient entreposés dans une pièce sous le bâtiment sans autorisation.

Quatre ans de prison, dont trois avec sursis, ont été requis mardi par le parquet de Créteil contre Serge Bromberg, célèbre restaurateur de films inculpé pour l’incendie meurtrier provoqué par des bobines de nitrate qu’il avait entreposées sous un immeuble.

Stockées sans autorisation dans un local sous un immeuble occupé de huit étages à Vincennes (Val-de-Marne), ces vieilles pellicules inflammables ont pris feu dans la nuit du 10 août 2020 en pleine canicule.

Un mort a été brûlé vif

Bien que de nombreux habitants soient en vacances à l’époque, deux personnes sont décédées dans la catastrophe. Le premier, piégé par les flammes, est tombé du 4ème étage. L’autre a été brûlé vif.

La fille de cette dernière victime s’est présentée mardi au bar.”Ce traumatisme restera gravé en nous à vie, nous ne pourrons jamais faire le deuil de notre mère car sa mort était évitable”, dit-elle, la voix rongée par l’émotion.

« Elle est morte dans des conditions incroyables. Ses derniers instants me hantent”, ajoute-t-elle.

L’ancien directeur artistique du Festival du film d’animation d’Annecy, reconnu coupable d’homicide involontaire, blessures involontaires et mise en danger d’autrui, ne nie pas sa responsabilité. Dans cette pièce, il entreposait ses pellicules et celles de sa société Lobster Films, spécialisée dans le stockage, la restauration et la distribution de films anciens.

Un “mur coupe-feu” fondu en 30 minutes

Les films de nitrate, qui doivent être conservés au réfrigérateur, ont été conservés dans une pièce sans alarme incendie. Malgré des étés très chauds, la climatisation n’avait pas fonctionné depuis 1998… lorsque les voisins de l’époque ont demandé de l’éteindre à cause du bruit.

Un « mur coupe-feu » avait été installé dans la pièce. Lorsqu’il a pris feu, il a fondu en trente minutes.

Les enquêteurs ont estimé que la salle était remplie de 1 364 à 1 935 rouleaux, soit 2,5 à 3,6 tonnes, au moment de l’incendie. Le prévenu calcule différemment : 965 rouleaux, 970 kilos. “C’est un fait, pas une estimation”, a-t-il déclaré au volant.

“Cet endroit était un magasin tampon, il ne devait contenir que quelques bobines avant qu’elles n’aillent au CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée)”, se défend Serge Bromberg.

Un grand spécialiste

Le producteur, considéré comme un grand spécialiste du patrimoine cinématographique, était parfaitement conscient des risques liés au stockage des pellicules.

Pendant de nombreuses années, il a démontré l’inflammabilité du nitrate sur scène en mettant le feu à un morceau de film devant un public fasciné. Ces émissions ont été surnommées “Flame Return”. Un exemple qui rend la situation encore plus insupportable pour les parties civiles.

“Mes clients ont d’abord pensé que c’était un amateur un peu fou, quelqu’un qui avait perdu pied”, plaide Me Missiva Chermak-Felonneau pour un couple qui vivait dans un studio au-dessus de la chambre.

“Mais quand ils ont appris que le responsable de l’incendie était un professionnel, un expert reconnu, ils ont été dévastés.”

Même s’il admet “une très grave erreur de jugement”, “faute” et “négligence” de sa part, l’accusé, 61 ans, y voit une obligation de la part du CNC de récupérer et de stocker ses rouleaux. “Jamais auparavant on ne m’avait refusé les bobines CNC”, a-t-il assuré à la barre.

“Ne vous est-il pas venu à l’esprit qu’une propriété à la campagne, une ferme inutilisée, peut être utilisée ?”, demande le président du tribunal. “La quantité de nitrate doit être extrêmement faible”, répond Serge Bromberg.

150 000 euros d’amende

Ses arguments n’ont pas convaincu le procureur, qui a requis quatre ans de prison, dont trois avec sursis. Et une amende de 150 000 euros contre sa société.

“Il n’y a pas de fatalité : tous les ingrédients étaient réunis pour qu’un tel événement ait lieu”, assure-t-elle, estimant que cet incendie est “le résultat de toutes leurs actions, de toutes leurs omissions pour respecter la réglementation”.

La défense s’exprimera mercredi matin.

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