quand on recrute des réfugiés ukrainiens dans les palaces de la Côte d’Azur

Avec son uniforme et son aspirateur sur le dos, Alla, 56 ans, arpente les petites rues escarpées du village d’Eze (Alpes-Maritimes), à une quinzaine de kilomètres de Nice. “Cet endroit me donne de la force“, glisse-t-elle. Sur les pentes abruptes bordées de lauriers, la vue sur la mer est imprenable.

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En Ukraine, Alla était créatrice de mode. Elle et sa fille ont fui Kyiv au début de la guerre. Elle avait précédemment troqué sa vie en mai contre un uniforme de bonne au Château de la Chèvre d’Or, un établissement cinq étoiles. “C’est un travail très physique. Vous voyez le bordel. Après cela, vous verrez une belle chambre. Maintenant, je suis un pro pour ce travail‘ dit-elle en souriant.

La vue depuis l'Hôtel Château de la Chèvre d'Or à Eze (Alpes-Maritimes), le 5 août 2022. (BENJAMIN RECOUVREUR / RADIO FRANCE)

Neuf femmes ukrainiennes ont été recrutées ici. Un autre hôtel d’Eze, “Le Château Eza”, a fait de même. Ils s’occupent des chambres ou se tiennent dans la cuisine. Tous se sont intégrés très rapidement malgré la guerre qui est toujours présente.

“Je ne peux pas être heureux parce que mon pays est en guerre. Nos vies sont en attente.

Alla, femme de ménage à La Chèvre d’Or à Eze.

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Un peu plus loin, Tetiana suce le bar.Avant cela, elle travaillait dans l’industrie du gaz. Elle a laissé toute sa famille en Ukraine. Désormais, avec son nouvel emploi, elle souhaite entamer un nouveau chapitre de sa vie à 26 ans en France, consciente qu’elle “a déjà perdu la vie“.”Je suis content car ça change d’avis, je dois construire ma nouvelle vie petit à petit», explique-t-elle. Un regret pour Tetiana qui «pas encore de relation avec les clients”. Elle espère apprendre le français et se voit rester dans ce palace”prochaine saison“.

Un dynamisme très apprécié par la gouvernante de l’hôtel, Maïté Montesinos, qui a dû la former. “Nous ne voyons pas nécessairement la barrière de la langue. Les plus rapides ont eu une semaine d’entraînement à deux. Ils font un très bon travail, même mieux que les personnes qui travaillent dans l’industrie hôtelière depuis des années. Ce sont de belles surprises» remarque la gouvernante générale.

Mais cela n’a pas toujours été facile pour les réfugiés qui se sont aventurés dans l’industrie hôtelière. “On a organisé des salons de recrutement, on a vu ça comme une opportunité de trouver des gens mais aussi de montrer qu’on est présent, mais c’était très compliquéraconte Fred Ghintran, propriétaire de deux restaurants à Nice et président du service Gastronomie de l’UMIH des Alpes-Maritimes.

Il a recruté un réfugié ukrainien dans la cuisine dès son arrivée. Comme dans beaucoup d’autres entreprises, il a rapidement abandonné. Tout le monde était confronté au même souci, on allait trop vite. La barrière de la langue est très compliquée à gérer, je pense qu’il faut une période d’acclimatation de deux ou trois mois pour s’habituer à la température du pays avant de pouvoir travailleril ajoute.

 

Alla et Tetiana ont été recrutées grâce à Ludovic Hubler, un interlocuteur commun d’Eze. Après avoir récupéré plusieurs femmes ukrainiennes et leurs enfants en Pologne, cet humanitaire les a mis en relation avec le directeur de l’établissement, Thierry Naidu, qui n’a pas trouvé de personnel. Il lui a manqué”30 à 40 personnes en début de saisonil a dit, et du coup, c’est vrai, on a trouvé une vraie envie chez les Ukrainiens“.

Cependant, il a fallu faire quelques entorses au règlement intérieur de l’institution, “Comme le droit d’avoir leur téléphone portable pour avoir des relations avec leurs proches parce qu’ils ne savent pas quand les appeler. Alors aujourd’hui, ils sont contents de ce que nous faisons“, il explique.

Le département des Alpes-Maritimes est le deuxième pays d’accueil des réfugiés ukrainiens en France après la région parisienne. Plus de 20 000 d’entre eux y ont été accueillis.

Quand les réfugiés ukrainiens dominent les palaces de la Côte d’Azur – Reportage de Benjamin Recouvreur

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