Pourquoi les femmes vieillissent seules et sont plus nombreuses que les hommes en Ehpad

C’est une réalité sociale méconnue. Tandis que les Ehpad se retrouvent au cœur de l’actualité depuis un mois avec la sortie en librairie du livre enquête de Victor Castanet “les Fossoyeurs”, l’Insee a rendu public ce jeudi des données éclairantes dans un rapport intitulé “Femmes et Hommes , l’égalité en question”. On y apprend notamment qu’après 75 ans, les parcours des hommes et des femmes divergentes. « À partir de 75 ans, la fréquence de l’hébergement en institution augmente avec l’âge beaucoup plus pour les femmes que pour les hommes. Ce phénomène est aussi lié au fait que les personnes âgées seules sont moins souvent hébergées par des proches que dans le passé », précise Sylvie Le Minez, cheffe de l’unité des études démographiques et sociales à l’Insee.

Plus l’âge s’accroît, plus les différences de modes de vie et d’hébergements se creusent selon les sexes. À 90 ans, 15 % des hommes vont partir vivre en institution contre 24 % des femmes. À partir de 98 ans, tandis que la vie en Ehpad devient alors plus fréquente que la vie à domicile pour les femmes, elle reste toujours marginale pour les hommes. À aucun âge, d’ailleurs, ces derniers vivent plus en moyenne en maison de retraite qu’à leur domicile. « En Ehpad, c’est flagrant, ce sont des ambiances de femmes, relève Anne Ascensio, gérontologue et ancienne directrice d’Ehpad. Parfois, cela peut même être un peu pesant pour les messieurs qui sont minoritaires. »Cela engendre des insoupçonnées. « La mixité apaise l’ambiance dans les Ehpad. Pour tenter d’atteindre une relative mixité dans les établissements, on a donc tendance, lorsqu’il y a des listes d’attente, à privilégier les hommes aux femmes car ils sont plus rares”, poursuit-elle.

Des femmes âgées plus souvent dépendantes

Mais comment expliquer de manière détaillée les parcours ? « Les femmes vivent plus longtemps que les hommes et se retrouvent plus souvent seules en fin de vie. Par ailleurs, à partir de 70 ans, elles se sont retrouvées plus souvent que les hommes en situation reconnue de dépendance, avec des incapacités physiques », éclaire Sylvie Le Minez. Une dépendance qui ne leur permet plus de vivre en autonomie à leur domicile comme elles le garderaient. Toujours d’après les chiffres de l’Insee, en effet, 29 % d’entre elles entre 85 et 89 ans perçoivent l’APA (l’allocation personnalisée d’autonomie, une aide destinée aux personnes qui rencontrent des difficultés pour accomplir les gestes de la vie courante) et 57% après 90 ans, contre respectivement 18% et 37% des hommes aux mêmes âges.

Autre élément intéressant mis en avant par l’Insee : les hommes sont plus invités à se remettre en couple après une séparation et ce même après 60 ans. « À 73 ans, leurs chances de se remettre en couple sont trois fois plus élevées par rapport aux femmes », relaie Anne Solaz, démographe de l’Ined (Institut national des études démographiques) dans une étude de 2021. en situation de dépendance, les hommes en couple peuvent donc compter sur leurs companes pour s’occuper d’eux, quand les femmes âgées, seules, ne comptent… que sur elles-mêmes. « Les Ehpad, ce sont des affaires de femmes ! Lorsqu’un couple entre en Ehpad, c’est parce que Madame n’a plus les capacités physiques de s’occuper de Monsieur. Cela ne se produit jamais dans le sens inverse. Dans les couples, ce sont toujours les femmes, souvent plus jeunes, qui aident le mari”, a relayé Romain Gizolme, directeur de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées). « Les différences de parcours sont considérables, sans compter qu’avec ou sans incapacité, la vie seule peut être très difficile », rappelle Sylvie Le Minez.

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