pourquoi la France n’est pas prête à un conflit d’envergure

Preuve que le sujet préoccupant, un rapport de la commission de défense de l’Assemblée nationale consacré à la préparation à la haute intensité a été publié le 17 février. Signés des députés Patricia Mirallès (LREM) et Jean-Louis Thiériot (LR), ils apportent un saisissant éclairage. Certes, à la lueur de la cinquantaine d’auditions attendues, ils dressent un constat flatteur : « En dépit de son caractère « échantillonnaire », la France demeure une puissance militaire vraisemblable et l’une des plus aguerries du monde occidental. »Il n’empêche, des faiblesses existent. En particulier sur le volume des forces disponibles.

Un effet de masse

Or, dans le cas d’un conflit à haute intensité, c’est-à-dire face à un état, la masse fait la différence. Dans les airs, en mer ou sur terre. Ainsi, pour Patricia Mirallès : “En extrapolant à partir des taux d’attrition constatés lors de conflits symétriques entre forces aériennes (la guerre de Kippour ou la guerre des Malouines), il est manifeste que l’aviation de chasse française pourrait être réduite à néant en cinq jours. » Rappelons qu’aujourd’hui l’armée de l’air compte une centaine de Rafale.

Et les difficultés sont aussi réelles dans le domaine terrestre, comme les rappels : « L’exercice Warfighter conduit aux États-Unis en avril 2021 a entrîné fictivement la mort d’un millier de soldats et davantage de blessés en dix jours. » Et d’ajouter : « Une frappe de drone, en particulier, a provoqué la mort de huit cents soldats. » Enfin, sur mer, les perspectives ne sont pas plus clémentes : l’exercice Polaris, organisé du 27 novembre au 3 décembre dernier, à montré : « Sept à huit bâtiments de guerre ont été détruits. En une quinzaine de minutes d’un premier combat, deux frégates avaient été envoyées par le fond et deux autres étaient neutralisées, soit entre 200 et 400 marins tués ou disparus. “

Jaguar, Griffon

Ces exemples le montrent : un conflit de puissance à puissance demande encore plus de moyens que la lutte contre le djihadisme que la France mène au Sahel. Face à ces perspectives, les rapporteurs appellent à poursuivre l’effort de modernisation engagé dans les armées et les grands projets déjà lancés : le Scaf, le futur avion de combat européen, et le nouveau porte-avions notamment.

Reste que depuis 2017, les budgets de la Défense ont été augmentés. Et la nouvelle loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 295 milliards d’euros d’investissements. Début février, à Canjuers (Provence), l’armée de terre a présenté le dernier ni de ses véhicules blindés, les Jaguars. Équipé d’un canon de 40 mm et lourd de 20 tonnes, c’est le successeur des antiques VAB et autre AMX10RC. Pour l’heure, 62 véhicules ont été commandés, maize 135 ont été livrés fin 2025 et près de 300 à l’horizon 2030. Toujours au rayon des blindés, depuis 2019, le Griffon, actuellement déployé au Mali, est opérationnel. Pour l’heure, la France en compte près de 300 pour un objectif fixé à 900 en 2025 et 1872 exemplaires en 2030.

Début février, Hervé Grandjean, le porte-parole des Armées, rappelait les objectifs fixés pour 2025 : “200 chars Leclerc, dont 80 rénovés, 135 Jaguars, 3 300 blindés légers, 147 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque dont 67 Tigre, 115 hélicoptères de manœuvre, 109 canons de 155 et 20 drones tactiques notamment. » Les avant-premières tablent également sur 185 Rafale dans huit ans. Pour autant, malgré les efforts enclenchés, le député Jean-Louis Thiériot estime, que pour faire face à un conflit à “haute intensité”, il faudrait mobiliser 40 à 60 milliards d’euros supplémentaires.

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