Pourquoi il y a « du feu partout » à Mamoudzou, la capitale de l’archipel.

Les riverains décrivent des scènes de “chaos” sur place. Ce mardi, la députée mahoraise Estelle Youssouffa a poussé un “cri de détresse” face au “cycle de vendetta”, “de barbarie et de terreur” qui sévit sur l’île, et ce dans “l’indifférence générale” à Paris. En effet, depuis une dizaine de jours, l’archipel est secoué par une vague de violence entre gangs rivaux, qu’un policier local a qualifiée de violence de « guérilla ». “Les habitants se sont armés de barres de fer et de machettes pour se défendre contre les gangs”, ajoute une autre source policière. Et la nuit de lundi à mardi n’a pas été plus calme. 20 minutes fait le point sur ce qui se passe dans ce département français de l’océan Indien.

Que s’est-il passé cette nuit-là à Mayotte ?

Au nord de la commune de Mamoudzou, la plus grande de Mayotte, entre les quartiers de Kawéni et de Majikavo, la police a repoussé plusieurs groupes qui voulaient s’affronter. Lorsqu’ils ont fait demi-tour, des témoins oculaires ont déclaré que de petits groupes en avaient profité pour attaquer les usagers de la route. A Cavani, le centre urbain de la ville, un groupe de jeunes a affronté la police et mis en place un pare-feu près du palais de justice.

Selon une source policière, un automobiliste a été poignardé à mort à Mtsapéré Bonovo, un autre quartier de Mamoudzou, dimanche.

Quand les tensions ont-elles commencé ?

Kawéni, qui regroupe la plus grande concentration de commerces et d’écoles et le plus grand bidonville du département, a pris feu le 12 novembre suite au décès d’un jeune de 20 ans de ce village. Il conduisait un scooter lorsqu’il aurait croisé la route d’un gang d’un village rival, dont les membres étaient ivres et armés de machettes. Il a reçu de nombreux coups de machette, dont plusieurs à la tête. Sa mort a provoqué des troubles dimanche.

Le secteur a de nouveau pris feu mercredi 16 novembre suite à l’attaque d’un bus scolaire. Il a été lapidé, puis plusieurs personnes sont montées à bord et ont battu le chauffeur et quatre étudiants à coups de machette, les blessant sans réclamer leur pronostic vital. Cette attaque provoqua des scènes chaotiques : feu de barrage, jets de projectiles de toutes sortes. “C’était une zone de guerre”, dénoncent les villageois. Samedi, 200 à 250 jeunes de Kawéni se sont rassemblés pour se battre avec ceux du quartier de Doujani plus au sud, a indiqué la police.

“La différence avec d’habitude, c’est que les violences n’ont pas eu lieu à un endroit fixe, ce week-end Mamoudzou a brûlé partout”, explique Abdel Aziz Sakhi, secrétaire de zone du syndicat de la police alternative. « Nous avons fait face à une centaine de jeunes qui ont frotté leurs machettes sur le sol pour montrer qu’ils voulaient se battre avec nous. Ils ont attaqué, nous avons dû battre en retraite… Ensuite, nous n’avons eu d’autre choix que de traverser le barrage, en nous précipitant avec nos véhicules pour les disperser », poursuit le policier « complètement épuisé ».

Comment mettre fin à ces violences ?

En réponse aux violences, Gérald Darmanin a annoncé le déploiement de dix policiers de l’unité d’élite Raid pour renforcer la police locale. Ils doivent atterrir à Mayotte ce mardi. Ambdilwahédou Soumaila, le maire de Mamoudzou, dénonce que « Mayotte est l’île aux parfums depuis quinze ans [soit] devenir une île de la pègre”. Il demande que les renforts du raid restent “jusqu’à ce que la république reprenne ses droits”. Il ne s’agit plus seulement de “maintenir l’ordre”. dans les bidonvilles, dans les quartiers reculés, attrapez-les et faites-les juger », demande-t-il.

Gérald Darmanin, lors de sa visite du mois d’août, avait promis des renforts de la gendarmerie, qui devraient être disponibles l’été prochain, et évoqué de futures propositions d’ouverture de “lieux de rééducation et de convalescence” pour mineurs délinquants sous la tutelle de militaires.

Théâtre régulier d’affrontements de gangs ou de policiers, l’archipel a un taux de criminalité bien plus élevé que la France métropolitaine. Le nombre de constats de cambriolage y est quatre fois plus élevé, les agressions physiques beaucoup plus violentes. Cette précarité est alimentée par une pauvreté généralisée : 194 000 Mahorais, soit 74 % de la population, vivent avec un niveau de vie inférieur à 50 % de la moyenne nationale, selon l’Insee.

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