Nucléaire : la Belgique ferme son premier réacteur sur fond de crise énergétique

Publié le 23 septembre 2022 à 10 h 23Mis à jour le 23 septembre 2022 à 11h38

C’est une décision importante que la Belgique vient de prendre. Surtout avec la hausse des prix de l’énergie. Le pays fermera son premier réacteur nucléaire vendredi dans le cadre de son plan de sortie du nucléaire approuvé en 2003.

L’opérateur français Engie arrêtera l’un des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Doel dans le port d’Anvers sur l’Escaut vers 21 heures. Cependant, cette décision soulève de nombreux doutes et polémiques au sein du gouvernement belge. Le pays est divisé sur la question car la hausse des coûts de l’énergie pèse sur les foyers et les entreprises.

10% de la production totale

Le réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, vieille de 40 ans, pourrait à lui seul produire jusqu’à 10 % de l’électricité belge. Son arrêt est en préparation depuis longtemps. À l’origine, le plan de sortie du nucléaire belge prévoyait l’arrêt des sept réacteurs du pays à partir de 2025, réacteurs qui fournissent la moitié des besoins du pays. En mars, cependant, le gouvernement du pays s’est empressé d’accepter une prolongation de deux jusqu’en 2035.

Mais la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden, une chrétienne-démocrate flamande, a mis le feu aux poudres la semaine dernière en demandant à l’Agence belge de sûreté nucléaire (AFCN) s’il était possible de reporter le démantèlement de Doel 3 alors qu’un redémarrage ultérieur du réacteur était prévu.

“Pas de redémarrage prévu”

La vice-ministre de l’Environnement, Petra De Sutter, s’est dite “choquée” par cette remise en cause du calendrier “quelques jours avant l’arrêt des opérations”. De son côté, Engie a répondu par un barrage. “Le réacteur sera définitivement arrêté et ne devrait donc pas être redémarré”, a déclaré une porte-parole de l’exploitant de l’agence de presse AFP, soulignant qu’il n’avait pas reçu de demande correspondante du gouvernement.

De son côté, l’AFCN n’a pas fermé officiellement ses portes, mais a répondu au ministre de l’Intérieur qu’une décision “très tardive” d’agrandir le réacteur n’est “pas un signe de bonne gouvernance”. L’agence “ne peut garantir qu’un scénario tardif et non préparé ne présentera pas de risque pour la sûreté nucléaire”, a-t-elle ajouté.

Le report n’est pas recommandé

Le pouvoir pro-nucléaire a manifesté ce matin à Doel pour exiger le maintien du réacteur “en état opérationnel”. En théorie, le redémarrage du réacteur ne serait pas impossible. Après l’arrêt de vendredi soir, les travaux préparatoires avant le démantèlement du réacteur prendront environ cinq ans.

“Pendant cette première phase, aucune opération techniquement irréversible n’a lieu”, confirme Peter Moens, directeur de l’usine. Mais il a déclaré que reporter ou inverser le processus n’était “ni prudent ni souhaitable” pour des raisons techniques et opérationnelles, citant notamment les pénuries de carburant et de personnel.

Capacité suffisante

Le débat belge rappelle celui de l’Allemagne, où les politiciens conservateurs et libéraux demandent que les trois derniers réacteurs nucléaires du pays soient prolongés au-delà de leur date d’arrêt prévue fin 2022. Pour l’instant, Berlin n’a promis de maintenir que deux réacteurs en veille jusqu’au printemps 2023 pour d’éventuelles urgences.

En Belgique, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité Elia a annoncé qu’il ne prévoyait aucun risque d’approvisionnement lié à cet “arrêt programmé”. “Nous avons suffisamment de capacité de production disponible pour répondre à la demande”, a déclaré un porte-parole.

Danger d’un « black-out » ?

Le boom des énergies renouvelables, solaire et éolienne, y compris offshore, a donné au pays des exportations record en 2021. Les centrales électriques au gaz représentent un quart du mix énergétique.

Cependant, les libéraux francophones du Mouvement réformateur (MR) craignent des goulots d’étranglement. “Avec le risque d’un black-out en France cet hiver, une sortie du nucléaire par l’Allemagne mais qui manque de gaz, nous savons que nous allons être confrontés à de grandes difficultés”, prévient l’ancienne ministre de l’Energie (MR) Marie-Christine Marghem.

Leave a Comment