Lycée pour un Innu… à 72 ans

Une aînée innue travailleuse a reçu son diplôme d’études secondaires cette semaine à l’âge de 72 ans, un exploit qu’elle a partagé avec des élèves de l’âge de ses petits-enfants.

« Je n’ai pas laissé le diplôme dans l’enveloppe, je l’ai encadré à la hâte. Il est accroché dans le salon », explique fièrement Jeanne d’Arc Thirnish, une Innue de Uashat mak Mani-utenam, près de Sept-Îles sur la côte nord.

Ce mardi, le centre d’éducation des adultes Mitshapeu a organisé une cérémonie de remise des diplômes pour la promotion 2021, qui comprenait Mme Thirnish.

Vêtue d’une toge et d’un mortier, la digne diplômée est montée sur scène sous les acclamations de ses camarades de classe, dont certains avaient l’âge de ses petits-enfants.

Comment se sentait-elle en ce moment ? Le septuagénaire laisse échapper un petit rire puis, après un silence, répond. “C’était comme grand pour moi. C’est des années d’efforts. »

Un début à l’internat

Sa scolarité a commencé au pensionnat de Maliotenam, qu’elle a fréquenté jusqu’à l’âge de six ans.

La jeune étudiante étudie encore trois ans à Sept-Îles avant de devoir graduellement abandonner ses cours.

« Parfois, je devais dire au professeur que je ne pouvais pas venir. J’ai manqué l’école pour m’occuper de mes petits frères », raconte Thirnish.

En 1971, elle revient brièvement à l’éducation des adultes avant d’abandonner à nouveau. Puis la vie a suivi son cours.

Au cours des 45 années qui ont suivi, elle a eu trois enfants, les a élevés comme femme au foyer et a perdu une de ses filles en 2011.

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Ce n’est qu’en 2016 qu’elle décide de faire un grand retour dans ses études, motivée entre autres par l’ouverture d’un centre régional d’éducation des adultes à Uashat.

Jeanne d’Arc Thirnish habitait alors à Maliotenam, à 15 km, et n’avait pas de véhicule, un problème qu’elle a résolu en faisant du covoiturage avec d’autres étudiants.

Infatigable et ponctuel

“Je peux vous dire que Mme Thirnish était toujours là à l’heure et [c’est une] travailleur acharné », témoigne Gilles Larouche, directeur de Mitshapeu.

L’Innu a réussi toutes les matières du programme à 71 ans, malgré une pandémie qui a perturbé les cours pendant plusieurs mois.

Elle a même trouvé le temps de garder ses petits-enfants et de suivre des cours de karaté après l’école, raconte sa fille Yoko Thirnish.

« Il est un modèle pour notre famille et pour notre communauté, qui compte beaucoup de décrocheurs. Elle est la preuve qu’on peut terminer ses études à tout âge et qu’il n’est jamais trop tard », souligne-t-elle.

  • Le ministère de l’Éducation n’a pu confirmer qu’il s’agissait de son plus ancien diplômé au Québec.

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