Lou Andreas-Salomé, Inspiration de la “femme moderne”, la femme moderne

En 2018, l’écrivain et psychanalyste Lou Andreas-Salomé a fait l’objet d’une série en cinq épisodes intitulée “Avoir raison”. Dans les deux dernières parties, Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, et Isabelle Mons, professeur de littérature, analysent sa vie et son œuvre.

Que savons-nous essentiellement de Lou Andreas-Salomé de ses réflexions sur le moi et les pulsions, de ses discussions avec Freud sur la maladie et la névrose, et de sa pratique psychanalytique ? Elisabeth Roudinesco, psychanalyste, évoque ce travail et cette vie sous forme d’auto-analyse dans le quatrième volet de la série “Pour être juste avec” de Géraldine Mosna-Savoye : “On ne peut pas ne pas admirer Lou Andreas-Salomé. Votre vie est un roman. Le personnage est romantique. Elle a une rébellion nietzschéenne. Il préfigure l’émancipation de la femme.”
Lou Andreas-Salomé cherche l’aventure en psychanalyse. Elle n’essaie pas de se réconcilier ou de s’améliorer parce qu’elle a eu une enfance malheureuse. Elle entretient une relation amoureuse avec la psychanalyse. Elle voit beaucoup de patients. Elle est passionnée par l’histoire humaine. Elle trouve que Freud est insuffisant en philosophie de la vie. Lou Andreas-Salomé est moins conformiste que Freud et défie toutes les règles. Dans les cures avec ses patients, elle associe amitié et empathie. Elle est très gentille, elle est moins dure que Freud : “Il y a la souplesse de la féminité”, souligne Elisabeth Roudinesco.
Elle confirme sa relation à la névrose. Elle ne moralise pas : « Elle a cette attitude que les faiblesses, les erreurs, les souffrances, que même les maladies du corps peuvent être positives. Freud n’est pas du tout là-dedans.
Lou Andreas-Salomé représente l’individualisme de Nietzsche. Elle ne croit pas au sort des révolutions. Elle croit à la rébellion individuelle, à la capacité de chacun à se soulever.
Dans le cinquième et dernier volet de cette série, Isabelle Mons, docteure en littérature comparée, auteur d’une biographie de Lou Andreas-Salomé, s’émerveille de la vie et de l’écriture de celle qui a écrit et décrit l’existence sous toutes ses formes, des autres aux la sienne, du romanesque au véridique : « L’écriture de soi est toujours un but dominant dans l’écriture de Lou Andreas-Salomé. Mais elle expérimente plusieurs terminologies ».
Chez Lou Andreas-Salomé, il y a deux manières de travailler sur soi par l’écriture : d’une part, le soi presque objectif, scientifique, à travers des textes théoriques. Et le moi qui ferait un détour, par l’imaginaire, par la fiction. La fiction consiste à écrire un moi inconscient et un moi conscient.
Ses textes défendent la cause des femmes. Mais elle fait fi des associations féministes de l’époque, qui prônent le féminisme au détriment des hommes. Le texte de 1899 L’Humanité de la femme et le texte de 1910 L’Erotisme fascinent les courants féministes et les convainquent de reconnaître qu’ils contiennent l’identité de la femme moderne, la femme moderne.
Par Géraldine Mosna Savoye
Réalisateur : Nicolas Berger
Avoir raison – Lou Andreas-Salomé 2/2 : -4 : Lou Andréas Salomé, psychanalyste, -5 : Le roman d’une vie (1ère diffusion : 09. et 10.08.2018)
Edition web : Sabine Bonamy, documentaire audio de Radio France

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