Les décors naturels de Sorel-Tracy ciblés par les promoteurs immobiliers

Une poignée de promoteurs ont acquis des dizaines d’acres de boisés naturels à Sorel-Tracy pour construire des maisons, a-t-il noté. Le devoir. Et si ces derniers prétendent respecter les règles en vigueur, ce développement immobilier fait craindre la perte d’espaces verts.

Un délire que regrette Maxime Dumontier. Ce citoyen membre de l’organisme Coalition eau-nature-air pur (CENAP) s’engage à protéger les habitats naturels de la communauté de 35 000 habitants. «Sorel-Tracy sera la troisième couronne de Montréal et ce qui est triste, c’est que ça se passe sur le dos des verts», dénonce-t-il.

Le devoir s’est particulièrement intéressée à un vaste territoire forestier où la MRC de Pierre-De Saurel a cartographié de nombreux milieux naturels – dont des marécages, des milieux humides et un ruisseau. Situé entre l’autoroute 30 et la rivière Richelieu, ce territoire d’environ 140 hectares entoure le Club de golf municipal Les Dunes de Sorel-Tracy.

Constat : en cinq ans, la quasi-totalité des espaces verts est passée entre les mains de sociétés immobilières telles que Gestion Alain Bourgeois, Renaud Développement, Développement urbain, Groupe Lussier, Habitations Richard Hébert ou Poirier Construction. Les terrains restants ont été pour la plupart acquis par des sociétés du monde financier à des fins d’investissement.

immobilier et zones humides

Jean Cournoyer fait partie des mécènes qui ont acquis ces terres. L’homme d’affaires de Sorel-Tracy est propriétaire du Continental Golf Club et de Kiroule, une entreprise de location de véhicules et d’hélicoptères. Avec un partenaire, les Habitations Raymond Guay, il a acheté environ 30 hectares de terrain l’été dernier pour construire jusqu’à 800 appartements au cours de la prochaine année – des maisons unifamiliales et jumelées, mais aussi des copropriétés et des immeubles à logements.

Dans l’entretien à Devoir, il veille à ce que les zones humides présentes sur le site ne soient pas comblées. « Parfois, on en prend un peu, mais on compense. Ce qu’on va enlever, ce sont des broussailles, il n’y a rien de bon là-dedans », assure-t-il. Le ruisseau devrait être amélioré en construisant une piste cyclable et un sentier pédestre, explique-t-il. “Enfin plus loin [30 hectares]je garde [10] vert », lance le promoteur immobilier, qui affirme « vouloir faire un beau projet » qui deviendra le « poumon vert » de Sorel-Tracy.

Lorsqu’on lui demande quelles démarches il a faites auprès de la communauté pour obtenir un permis d’abattage d’arbres, le promoteur relativise le sens : « Ça dépend de ce qu’on entend par abattage d’arbres. Quelques arbres peuvent être abattus sur un terrain, mais ce n’est pas une forêt. Ce sera minime et nous planterons 2 000 arbres. »

La ville de Sorel-Tracy a refusé de commenter le dossier, déclarant par courriel que le projet “nécessite une analyse par nos services d’urbanisme”. “Le conseil municipal, pour sa part, est prié d’en discuter et de se prononcer là-dessus”, note-t-on.

Une autre société immobilière, Poirier Construction, amorcera dans les prochaines semaines les travaux d’un nouveau quartier sur un terrain adjacent à celui de M. Cournoyer, la deuxième phase du projet Évo ​​Quartier Urbain. Près de 30 % du site est occupé par un marais et un marais, comme en témoigne la carte des milieux naturels réalisée par la MRC de Pierre-De Saurel. Mais le promoteur Luc Poirier assure qu’il ne touchera pas à ces milieux même s’ils s’en tiennent à la phase 1 : « Nous n’avons rien à demander au ministère de l’Environnement car les milieux humides ne seront pas touchés. Nous allons construire autour d’elle là où cela est autorisé. »

Sorel est un cas parmi tant d’autres [d’étalement urbain]parce que je peux nommer de nombreuses communautés où les choses se passent comme elles étaient en 1972

« À ce rythme, Sorel finira par se transformer en une nouvelle Varennes ou une nouvelle Sainte-Julie, sauf qu’au lieu de construire sur des terres agricoles, on le fait en prenant des terres envahies ou en abattant la forêt », déplore Maxime Dumontier, des CENAP. . « C’est d’autant plus triste qu’il fait partie d’un corridor écologique reliant les îles de Sorel et le reste de la région. Et ils le détruisent. »

biodiversité et stress hydrique

« Sorel est un cas parmi tant d’autres [d’étalement urbain]parce que je peux nommer plusieurs communautés où les choses vont comme en 1972 », note Kim Marineau, présidente de Biodiversité conseil, un cabinet scientifique spécialisé en biologie, écologie et conservation des habitats.

Sans blâmer les organisateurs, elle prétend que le cadre réglementaire québécois n’a que peu de mordant. Le biologiste note également deux problèmes majeurs liés à l’étalement urbain, pratiqué ici depuis des décennies.

Premièrement, il y a l’impact sur la biodiversité. Même lorsque les projets immobiliers sont conformes à la réglementation, construire des quartiers autour des milieux naturels a pour effet de les enclore et de réduire la « connexité écologique », rappelle-t-elle. “Lorsqu’un individu – renard, rat musqué, belette, martre – n’a plus la possibilité de s’associer avec les siens dans un milieu naturel à cinq kilomètres de là, on peut imaginer que les choses deviendront plus difficiles pour le reste du monde. »

Il y a aussi la question de la protection des eaux souterraines, un enjeu majeur qui touche directement les municipalités et leurs citoyens. « Si nous faisons disparaître les environnements [pour construire des rues et des maisons], Les eaux de surface ne reconstituent plus les eaux souterraines. Au contraire, ils sont déversés dans les égouts pour être rejetés dans les cours d’eau et finissent par les contaminer également. »

Le stress hydrique est aussi un problème qui ne fera que s’aggraver dans les années à venir, souligne M.moi Marineau. Elle cite l’exemple récent – et très concret – de Saint-Lin-Laurentides dans Lanaudière, qui doit maintenant restreindre la construction de logements sur son territoire en raison d’un manque d’eau potable. « Nous devons comprendre que les écosystèmes nous fournissent des services. Et si on perd plus de 60% ou 70% d’un territoire, on perd les services rendus par les écosystèmes. Cela crée une cascade d’impacts, dont la perte de biodiversité et les problèmes liés à l’eau sont des exemples », résume-t-elle.


Correction: Une première version de cet article mentionnait que le secteur touché se trouvait près de l’autoroute 13. Il s’agit bien sûr de l’autoroute 30.

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