Les “coûts cachés” des pesticides pour la France oscilleraient entre 370 millions et plusieurs milliards d’euros par an

Un agriculteur pulvérise des produits chimiques pour traiter un champ de blé en Haute-Garonne en avril 2018.

L’intérêt économique de l’utilisation des pesticides en agriculture pourrait-il être remis en cause par la simple considération du coût de leurs dommages collatéraux ? Une équipe franco-belge donne de nouvelles réponses à cette question récurrente avec la publication du lundi 21 novembre dans la revue Les frontières des systèmes alimentaires durables, une méthode d’évaluation de ces “coûts cachés” et une première estimation.

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Avec les données disponibles aujourd’hui, l’agronome Philippe Baret (Université Catholique de Louvain, Belgique), Christophe Alliot (Basic Design Office) et leurs collègues affirment que ces coûts pour la France peuvent être estimés à un minimum de 372 millions d’euros par an (au niveau à partir de 2017), mais qu’elles pourraient s’élever à 8,2 milliards d’euros. « La réalité se situe quelque part entre ces deux valeurs »résume M. Alliot.

Pourquoi cette incertitude ? Les auteurs ont d’abord tenté d’identifier la nature des coûts sociaux engendrés par l’utilisation des pesticides. Ils les ont classés en quatre catégories : le coût de la réparation des dommages sanitaires, le coût lié aux effets nocifs sur l’environnement au sens large, le niveau des subventions publiques et enfin le coût de la gestion réglementaire de ces produits.

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Côté santé, les auteurs ne se sont penchés que sur certains cancers du système lymphatique et la maladie de Parkinson. Il s’agit des pathologies officiellement associées à l’exposition professionnelle aux pesticides et pour lesquelles le travail épidémiologique permet d’estimer le nombre de malades. Résultat : En évaluant le nombre de victimes de ces produits et les coûts moyens de traitement, les auteurs arrivent à des coûts de 48,5 millions d’euros.

Subventions directes

Mais tout ce qui n’a pas pu être chiffré a été ignoré dans le calcul. “Les maladies professionnelles liées aux pesticides ne représentent probablement qu’une faible part des conséquences sanitaires de l’utilisation de ces produits, explique M. Baret. Actuellement, il n’y a pas suffisamment de données solides sur leurs impacts, que ce soit pour la population vivant à proximité des fermes ou pour la population générale, pour attribuer les coûts de la maladie à l’exposition aux pesticides. »

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De même, lorsque les chercheurs ont tenté d’estimer les coûts environnementaux, ils n’ont considéré que les coûts qui sont certainement attribuables aux pesticides, notamment les surcoûts de traitement de l’eau. Ce dernier s’élève à 260 millions d’euros annuels, auxquels les auteurs ajoutent environ 30 millions d’euros en termes d’émissions de gaz à effet de serre causées par la fabrication des pesticides utilisés sur le territoire français.

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