L’audace de Simon Jolin-Barrette

Simon Jolin-Barrette nous rappelait cette semaine pourquoi il est le chef de file du parti pris nationaliste à la CAQ et au Conseil des ministres.

Dans une interview basique, mais étrangement non commentée, au MontréalJournalil a déclaré que le Québec devrait en quelque sorte se libérer de la Charte canadienne des droits et libertés et se référer principalement, et peut-être exclusivement, à la Charte québécoise.

D’une certaine manière, c’est juste du bon sens. Le Québec n’a pas signé la Constitution de 1982, qui lui a été imposée sans son consentement.

Juge

Elle reste donc fondamentalement illégitime.

Mais pour l’instant, le gouvernement du Québec n’a pas vraiment agi, sauf en utilisant la clause d’exception, qui était un vestige de l’ancien ordre constitutionnel et empêchait les élus d’être entièrement subordonnés au gouvernement judiciaire. Le gouvernement judiciaire est autoritaire et antidémocratique.

Mais Simon Jolin-Barrette va plus loin.

En le disant presque comme ça, il affirme que la démocratie québécoise doit s’affranchir de la constitution de 1982.

Il rappelle, et c’est essentiel, que les deux Chartes reposent sur des logiques différentes. Le premier fait partie d’un ordre constitutionnel qui sanctifie le multiculturalisme. La seconde trouve son origine à l’Assemblée nationale et porte, quoi qu’on en dise, l’écriture du peuple québécois.

Ne vous méprenez pas : je n’idéalise pas les charters. Je crois que les libertés publiques, dont je sais qu’elles sont vitales et essentielles, n’avaient pas besoin d’être respectées.

Ces chartes nuisent à la démocratie en l’exposant au chantage de toutes les minorités qui lui transmettent leurs caprices et revendications de droits voire de droits fondamentaux.

See also  Friche Josaphat : "La proposition de Rudi Vervoort est inacceptable"

Mais tant que vous vous soumettez à une charte, autant que ce soit la nôtre et non celle d’Ottawa.

D’ailleurs, pour en rester là, c’est justement une des grandes vertus de la Charte québécoise qu’elle peut être facilement amendée par l’Assemblée nationale. Elle néglige moins les élus que la Charte d’Ottawa. Le pouvoir politique est aux commandes. Nous avons une influence démocratique là-dessus.

Ce n’est pas un détail dans nos sociétés, plus que jamais dépourvues de souveraineté populaire.

De ce point de vue, la proposition de Simon Jolin-Barrette est non seulement nationaliste, mais authentiquement démocratique.

la démocratie

Et puis, il faut penser à ce qui se passe ensuite. Car si le gouvernement québécois accepte cette logique et ne se contente pas d’en faire de la rhétorique, il précipitera le choc constitutionnel à venir avec le Canada.

Parce que la différence entre nos deux pays devient de plus en plus profonde. Nous ne parlons pas la même langue que les Canadiens. Nous n’avons pas la même culture. On ne pense pas l’intégration et la laïcité de la même manière. Nos idées sur la démocratie diffèrent également.

La démarche audacieuse de Simon Jolin-Barrette nous permet de faire un pas de plus dans cette direction.

Leave a Comment