La majorité cherche toujours le bon rythme

Cela fait partie de l’histoire du macronisme, du moins depuis la crise des “gilets jaunes”. Fait de va-et-vient, entre excès de « jupitérisme », promesse d’une nouvelle méthode plus consensuelle, et, finalement, de nouvelles décisions verticales quand on y voit un intérêt politique. Dès lors, l’hypothèse que la réforme des retraites ne passera pas par la législation mais par de simples changements lors du débat sur la loi de financement de la sécurité sociale 2023 (PLFSS) est sur la table. Et ce quelques jours seulement après qu’Emmanuel Macron a créé son Conseil national pour la refondation, qui serait le vecteur de la transformation de Jupiter en Vulcain (celui qui “forge” les compromis).

Faire passer la réforme des retraites plus vite que prévu à travers un texte qui a toutes les chances de bénéficier de l’aide du 49.3 (adopté en bloc) alors que les discussions avec les syndicats commencent à peine n’est pas une très “nouvelle méthode”. Les tenants de la démarche ne cachent pas qu’il s’agit avant tout d’une arme tactique dans une assemblée où la majorité n’est, de surcroît, que relative. “On pense que c’est plus facile aujourd’hui que dans trois mois”, assure un député purement macroniste. La rentrée sociale chaleureuse tant attendue ne se matérialise pas car les effets du paquet pouvoir d’achat sont là et le chômage recule. Alors que le début de 2023 verra la hausse des prix de l’énergie, le ralentissement de la croissance et le stress lié aux pannes d’électricité…”

Épinglez les syndicats

Il pourrait également être plus difficile pour les syndicats de mobiliser leurs troupes maintenant qu’au début de l’année prochaine. Mais le député cité plus haut ne croit pas à un mouvement comparable à celui fin 2019/début 2020 dans le projet de réforme des points. « L’ancienne réforme était conception pour échouer, impossible à expliquer ! Travailler de longues heures est stressant, mais cela l’est encore plus si vous ne comprenez pas ce qui s’en vient… C’était le cœur du mouvement social à l’époque, estime-t-il. C’est facile cette fois. »

Sauf que cette tactique est loin de faire l’unanimité dans la majorité. D’abord et avant tout au MoDem, qui a couru très fort. D’une part, par l’intermédiaire de son président François Bayrou, qui s’est impliqué Le Parisien “Contre le passage en force”, au jour de la fondation de la Renaissance, le nouveau parti d’Emmanuel Macron. Puis de Jean-Paul Mattei, le président du Groupe, qui a annoncé que ses eurodéputés « voteraient définitivement contre » ces fameuses modifications.

Philippe légitimiste

Une position pas plus inquiétante que celle de Renaissance (RE), où l’on ne voit que “la carte postale que le MoDem envoie tous les six mois”. « Le MoDem s’intéresse plus au fond qu’à la forme de cette réforme. Si on leur fait plaisir, ça peut passer », estime le député RE, déjà cité. Conscient que passer par le PLFSS 2023 laissera sans doute moins de temps au débat parlementaire, il veut minimiser les problèmes : “Ça fait trente ans qu’on parle de cette réforme, on en a parlé tout au long de la campagne électorale.”

Du côté d’Horizon, si certains ont pu émettre en privé des doutes sur le calendrier, Edouard Philippe a été très clair auprès d’Elisabeth Borne la semaine dernière, au point d’étonner certains macronistes : « On se met derrière vous stand […] que vous soyez là en octobre, décembre, mars ou quand vous le souhaitez, nous serons là. »

Même le parti macroniste grince

Plus graves sont les chocs venant du parti macroniste lui-même, où la méthode n’est pas non plus uniforme. On dit que le premier ministre est réservé. Et surtout, ce jeudi matin, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, s’est prononcée contre la manœuvre. “Il est certain qu’il y a une avalanche de déclarations qui semblent faire basculer la salle vers le début de l’année prochaine, estime un député RE proche du président et favorable aux changements. Si cela crée un drame absolu, cela ne sert à rien de repousser le calendrier…”

Une décision devrait être prise avant le Conseil des ministres prévu lundi, estiment plusieurs sources majoritaires. De plus, nous semblons nous préparer à un résultat, sinon à la controverse, du moins à la controverse. Le président lui-même, dans une interview à BFMTV, a instruit le gouvernement de “trouver la bonne manœuvre avec le Parlement”.

« Nous devons revenir au débat de fond. Ce qui intéresse les gens, c’est de savoir ce qui va être inclus dans cette réforme”, s’interroge la porte-parole du groupe RE, Maud Bregeon, admettant que ces derniers jours on a plus parlé de contenant que de contenu. Car elle sait que la réforme de fond fera cette fois l’unanimité.

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