En France, près d’un quart des emplois européens sont concentrés dans l’aviation d’affaires

La vague promesse alors vague du ministre des Transports Clément Beaune « d’agir et de réguler les vols en jet privé» Cela va-t-il bouleverser une entreprise très florissante aujourd’hui ? L’aviation privée connaît un âge d’or, les professionnels du secteur accueillis en mai lors du salon Ebace à Genève dédié à l’aviation d’affaires. Dès 2021, ce segment a dépassé les niveaux de 2019. 2022 a démarré sur les chapeaux de roue, avec une activité qui progresse parfois à deux chiffres selon la taille de l’appareil !

Nouveaux clients, nouvelles compagnies aériennes (en Europe fournissent plus de 2 000 appareils) : la pandémie a été presque une bénédiction pour ce créneau du transport. L’arrêt de nombreux services par les grandes compagnies a fait fonctionner les vols sur mesure et les nouvelles habitudes sont restées. “Les clients ont découvert à cette occasion que l’aviation d’affaires pouvait être un outil de productivité moins coûteux lorsqu’il est utilisé qu’un taxi aérien”, commente Charles Clair, PDG d’Astonjet, qui exploite une flotte de 12 appareils.

« Il y a clairement des abus, pratiqués par une infime minorité, qui brossent un tableau déplorable de l’aviation d’affaires », note Isabelle Clerc, directrice générale du premier courtier aéronautique européen AeroAffaires. La réalité est que notre clientèle est majoritairement composée de patrons d’ETI qui peinent à maintenir leur entreprise à flot. Il n’y a souvent pas d’alternative à un Lorient-Dansk. Si l’Allemagne est très mobilisée sur les questions environnementales, c’est aussi l’une des zones les plus actives en matière d’aviation sur mesure en raison de la richesse de son réseau de grandes PME », poursuit-elle.

Forte demande. La France a des atouts sur ce marché. Avec Paris Le Bourget, le premier aéroport d’affaires d’Europe s’y implante. Soit 77 départs quotidiens d’avions dénombrés en mars dernier, par exemple. Et deux destinations phares, Genève suivie de Nice, selon le dernier rapport annuel de l’EBAA, l’Association européenne de l’aviation d’affaires. Avec Dassault Aviation et son Falcon, la France est aussi l’un des premiers constructeurs mondiaux, une fierté tricolore. Le groupe, dirigé par Eric Trappier, a enregistré 51 commandes pour ses différents modèles de jets en 2021, contre 15 l’année précédente. Les appareils d’occasion ne suffisent plus à répondre à la demande, il en faut des neufs !

Cette dynamique de marché alimente tout un écosystème. Constructeurs, sous-traitants, intermédiaires, équipiers…. L’aviation sur mesure représente 101 500 emplois directs et indirects en France et 449 000 en Europe, selon les comptages EBAA. Face à l’annonce choc de Clément Beaune, au milieu d’un été marqué par des dérèglements climatiques en tout genre, “le gouvernement tient à souligner que la sobriété doit être pratiquée à tous les niveaux. On entend les inquiétudes, mais j’attendrai de voir quelles mesures seront annoncées avant de m’inquiéter de la santé de notre profession », commente avec philosophie Isabelle Clerc.

A la tête d’une entreprise de 50 millions d’euros et de 200 salariés, Charles Clair s’inquiète des motivations du ministre alors que le nombre de compagnies aériennes immatriculées en France a déjà diminué. Elle a été divisée par 4 en une vingtaine d’années sous le poids de réglementations nationales spécifiques. « Sur le plan écologique, des mesures ont déjà été décidées à Bruxelles. Nous ne demandons qu’une chose : exercer notre métier dans les mêmes conditions que nos confrères européens », plaide le dernier des Mohicans, dont l’entreprise est l’une des trois dernières de son segment à conserver la nationalité française. Peut-être pas pour très longtemps. “Bien sûr, je réfléchis à la possibilité de changer mon environnement”, soupire-t-il.

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