Comment gérer une ascension ? / Ligue 2 / Vis Ma Vie DS / Episode 2 / SOFOOT.com

Jusqu’au 31 août, le mercato va façonner la vie des clubs en France. Au-delà des rumeurs folles, des offres fabuleuses et des fantasmes des fans, il y a une réalité dont les responsables des équipes de Ligue 2 ont accepté de nous parler tout l’été. Ce jeudi, Jean-Philippe Nallet, directeur sportif du nouveau promu Annecy, explique comment bien gérer une promotion.



  • L’ascenseur émotionnel

    “Ce qui est super compliqué dans notre métier, c’est qu’après une soirée extraordinaire avec une promotion extraordinaire et un match au bout d’une journée et demie, il faut déjà prévoir la saison prochaine. C’est facile de revenir à la réalité, surtout quand tu dis aux gars que tu ne les gardes pas parce que par respect il faut leur dire vite pour qu’ils puissent récupérer. Je ne vous nierai pas que ce n’est pas le meilleur, c’est le pire moment de l’année. Avec le coach, on doit tous rester dans le projet jusqu’au dernier match et ensuite prendre des décisions rapidement et surtout les annoncer. Tout est fait à la va-vite. L’élévation émotionnelle est incroyable. Dès le mardi suivant l’ascension, lancez des entretiens pour annoncer si oui ou non l’aventure s’arrête là. Les joueurs devinent, d’autres espèrent, et certains sont totalement surpris. Il y a toutes sortes de réactions. L’important est d’avoir une relation étroite avec le joueur dès le départ, une franchise. Le directeur sportif est là pour défendre les intérêts du club, ce qui ne l’empêche pas de rester humain, socialisant avec les joueurs. Quand il faut annoncer des choses, il faut être le plus simple et le plus ouvert possible pour expliquer parfois l’inexplicable. Ce sont des gars avec qui nous vivons toute une saison. Nous dormons très peu ces jours-ci. Cela déborde sur nos vies personnelles, ce qui n’existe pas dans le football. Difficile de tout dissocier car nous avons un métier passionné qui coule dans la vie de famille. »

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    “C’est difficile d’être clair parce qu’au fond, il y a une incertitude sur le niveau auquel vous allez jouer. Ce n’est pas facile, et encore moins quand c’est joué comme nous l’avons fait lors de la dernière journée. »


  • Prévoyez de ne pas vous noyer

    “Nous partons de différents scénarios, mais peu importe le nombre de fois que vous dessinez des scénarios, vous n’avez toujours pas la paix car rien n’a jamais été fait. Vous travaillez pour vous élever, mais vous vous dites que tout peut s’effondrer. Il y a tellement de problèmes, de pression. C’est difficile d’être clair car au fond il y a l’incertitude de savoir à quel niveau on va jouer. Ce n’est pas facile, et encore moins quand c’est joué comme on l’a fait lors de la dernière journée. Plus vous retardez la date limite, plus cela devient difficile. Après, il faut faire vite car la quantité de travail est colossale. La période de repos pour un directeur sportif, c’est quand le mercato est terminé, quand le groupe est constitué pour que le staff reprenne dans de bonnes conditions. On mène des entretiens avec le staff, les joueurs. De la fin du championnat jusqu’à la fermeture du mercato, c’est la période la plus chargée pour un directeur sportif, surtout si vous jouez une promotion. Je couperai en juillet lorsque la plupart des travaux seront terminés. Ensuite, nous allons affiner pour la récupération. »


  • Le redimensionnement

    « Dans un premier temps, toute une partie de l’infrastructure sera mise aux normes pour répondre au cahier des charges de la LFP. C’est plus le département du président et du directeur de l’administration. D’un point de vue purement sportif, nous avons des conseils stratégiques qui nous donnent un budget lié à la masse salariale. A partir de là, nous pouvons travailler. La promotion a notamment un impact sur les postes à créer au sein du club, comme celui de régisseur de stade, un poste de sécurité, le staff médical et technique. Cependant, comme le club avait anticipé tout cela et visait le monde professionnel, l’évolution a suivi son cours. Le FC Annecy ne s’attendait pas à retrouver du professionnalisme aussi vite, mais on s’y est préparé. Ils doivent aussi passer la DNCG qui est purement administrative, on regarde juste le budget et on exprime une envie d’équipe compétitive. Ça s’est bien passé, même si comme toutes les DS, on aurait toujours souhaité une enveloppe plus grande. (Des rires.) Il faut être cohérent, travailler dans la continuité avec un groupe qui se renouvelle à 35-40%. »

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    « Monter n’est pas plus facile que descendre car il faut canaliser l’excitation. Le succès peut aussi apporter quelques frustrations. »

    Le soir d’une ascension, vous avez beaucoup d’amis. C’est une réalité. On sent aussi que les demandes explosent car on passe pro, on se fait plus connaître. Nous nous y préparons. Le coach et moi avons une histoire de joueurs qui nous permet d’être vigilants, de garder la tête froide et de prendre du recul sur la suite. Nous ne serons pas dupes. Si l’intérêt du club n’est pas là, on ne prend pas la décision. Monter n’est pas plus facile que descendre car il faut canaliser la chaleur. Le succès peut également apporter des frustrations aux personnes qui aimeraient assumer plus de responsabilités. La réussite d’un club consiste à ce que chacun reste à sa place, dans le respect de ses prérogatives. A partir du moment où on comprend cela, ça marche bien. C’est une des clés de notre succès. »

    Propos recueillis par Adrien Hémard-Dohain
    Épisode 1 : Comment préparer son mercato avec John Williams (Amiens).

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