“C’est une illusion de croire que grâce à l’éolien offshore nous retrouverons notre souveraineté énergétique”

“Il est illusoire de penser qu’en France on puisse développer une énergie électrique puissante avec des énergies renouvelables.” STEPHANE MAHE / AFP

MAINTENANCE – Emmanuel Macron a inauguré jeudi 22 septembre au large de Saint-Nazaire le tout premier parc éolien en mer, qu’il compte accélérer. Mais cette énergie renouvelable produit beaucoup moins d’électricité que l’énergie nucléaire, explique l’expert en politique énergétique Fabien Bouglé.

Fabien Bouglé est spécialiste des politiques énergétiques. En 2019, il est auditionné par la Commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables de l’Assemblée nationale et publie un premier article au retentissement notable. : Les éoliennes, la face cachée de la transition écologique (Ed. Du Rocher). Chef d’entreprise dans les secteurs financier et culturel, il est également élu conseiller municipal (droits divers) à Versailles. son dernier livre noyau, les vérités cachées, est publié aux éditions du Rocher.


LE FIGARO. – Emmanuel Macron inaugurera jeudi 22 septembre au large de Saint-Nazaire le tout premier d’une série de parcs éoliens en mer qu’il espère accélérer face à la crise énergétique. Comment voyez-vous cette stratégie ?

Coloris BOUGLE. –Cette inauguration par Emmanuel Macron est l’inauguration d’un grand échec français, celui de l’utilisation des énergies renouvelables et particulièrement des éoliennes. Rappelons que cette installation, de 80 éoliennes sur 78 km², a été mise en service il y a plus de dix ans. Les élus et les habitants de Saint-Nazaire ou de La Baule ont pu constater la différence significative qui existe entre les photomontages pixélisés d’antan et la réalité de l’installation d’aujourd’hui. La pollution optique du littoral est particulièrement visible car les éoliennes ne sont qu’à 12 km de la côte, formant une sorte de Mur de l’Atlantique.

Apparemment, le président de la République voulait faire de cette éolienne un symbole de production d’énergie régénérative en pleine crise énergétique. Selon les chiffres de WindEurope (ndlr, association européenne basée à Bruxelles qui promeut l’utilisation de l’énergie éolienne), le parc éolien offshore au large de Saint-Nazaire, de 78 km², produira 8% de ce que produit la centrale nucléaire du Bugey , proche de Lyon, installé sur seulement 1 km². Pour atteindre une production d’électricité équivalente à celle de la centrale nucléaire du Bugey, il faudrait construire 13 parcs éoliens comme celui de Saint-Nazaire, soit 1 000 éoliennes pour 1 000 km². C’est inimaginable.

Pour faire face à la crise, nous avons besoin d’une électricité puissante, contrôlable et disponible à la demande et seule l’énergie nucléaire peut apporter ces solutions.

Fabien Bouglé

En revanche, le chef de l’Etat a freiné l’éolien terrestre en doublant la capacité actuelle pendant 30 ans au lieu de 10. Il a également annoncé la relance du nucléaire avec la construction de six réacteurs EPR2 d’ici 2035. Peut-on concilier nucléaire et éolien en mer ?

Les annonces belfortaines auxquelles vous faites référence accordent aux énergies renouvelables une place prépondérante, avec une augmentation très notable des panneaux solaires et des éoliennes offshore : entre 4 et 5 000 sont prévus. Nous sommes loin d’un grand plan nucléaire massif, que je réclame.

Pour faire face à la crise, nous avons besoin d’une électricité puissante, contrôlable et disponible à la demande et seule l’énergie nucléaire peut apporter ces solutions. Les énergies renouvelables, éolienne ou photovoltaïque sont des sources d’énergie intermittentes qui nécessitent également des centrales électriques au gaz ou au charbon. C’est le modèle allemand avec 45% d’éoliennes et de panneaux solaires, 45% de pétrole, gaz et charbon. Résultat : l’Allemagne émet dix fois plus de gaz à effet de serre que la France. Il est illusoire de penser qu’en France on puisse développer une énergie électrique puissante avec des énergies renouvelables, même si elles sont complémentaires.

Mais à ce stade, la loi, qui arrivera au Sénat puis à l’Assemblée nationale, doit encore être débattue par les parlementaires, qui sont souverains et doivent décider de nos politiques énergétiques. Le souhait d’Emmanuel Macron est une chose, la volonté politique des parlementaires en est une autre. J’ai bon espoir que les parlementaires retrouvent un peu de clarté et reviennent à l’essentiel comme le plan Messmer, créant les conditions pour atténuer l’impact très négatif que peuvent avoir les éoliennes sur les citoyens.

Nous voulons répondre à une crise en mettant l’accent sur la raison pour laquelle nous sommes entrés dans la crise.

Fabien Bouglé

Avec la hausse des prix des hydrocarbures et les risques de pénurie liés à la guerre en Ukraine, est-il possible d’assurer notre souveraineté énergétique grâce aux énergies renouvelables intermittentes ?

C’est un leurre car la raison de la crise énergétique à laquelle nous assistons est liée au faible niveau de production d’électricité renouvelable en Europe, notamment à travers le Pacte vert européen. Nous voulons répondre à une crise en mettant l’accent sur la raison pour laquelle nous sommes entrés dans la crise. De plus, aucune éolienne ou panneau solaire n’est conçu et construit en France. En ce qui concerne l’approvisionnement des centrales électriques renouvelables, nous restons complètement dépendants des autres pays.

Le Parlement européen se trompe lorsqu’il veut développer les énergies renouvelables. C’est un échec retentissant. D’ailleurs, la Cour des comptes fédérale l’avait affirmé en mars 2021, pointant du doigt une multiplication des coupures de courant et une explosion des factures d’électricité si l’Allemagne poursuivait cette politique. Inutile de dire qu’elle n’avait pas tort. Nous sommes dans une situation où il est urgent de faire un virage à 180°.

Emmanuel Macron essaie-t-il de faire une promesse aux écologistes notamment avec cette inauguration en grande pompe ?

En tout cas, il tente de camoufler l’échec de sa politique énergétique. Il a fermé Fessenheim, alors que l’EPR de Flamanville (Manche) en construction n’a toujours pas démarré, en 2019 le projet Astrid, qui visait à utiliser les déchets nucléaires pour les transformer en électricité, a stoppé la réduction législative de la part nucléaire de 14 réacteurs nucléaires jusqu’à et à 50 % du mix électrique encore utilisé aujourd’hui et porte donc une responsabilité toute particulière dans la crise énergétique que nous traversons.

Emmanuel Macron essaie de faire croire qu’il fait quelque chose pour l’énergie. Mais ce parc a été créé par Valérie Pécresse et Nathalie Kosciusko-Morizet sous Nicolas Sarkozy. En termes de soutien de l’opinion publique, je ne pense pas non plus qu’il gagnera en inaugurant un parc particulièrement contesté par les élus locaux et les habitants.

VOIR ÉGALEMENT – L’éolien en mer : Macron prévoit “une cinquantaine de parcs” d’ici 2050.

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