“Ce processus est une torture” … Le traumatisme reste avec toutes les personnes impliquées

Près de cinq ans, ce qu’attendaient les familles des victimes. Et à peine quatre jours après le lancement, les difficultés à mener une telle audition sont évidentes. Cette semaine, le douloureux procès du drame de Millas, qui s’est déroulé le 14 décembre 2017 dans cette petite commune des Pyrénées-Orientales, s’est ouvert devant le tribunal correctionnel de Marseille. Ce jour-là, six écoliers ont perdu la vie dans une collision entre un TER et un bus scolaire conduit par Nadine Oliveira, seule suspecte dans l’affaire.

La première semaine de débats s’est brusquement interrompue après que le conducteur a commencé à se sentir mal. Après avoir été ravagée par les larmes, Nadine Oliveira a été hospitalisée pour insuffisance cardiaque, ce qui a incité le tribunal à surseoir à l’audience. “Mon client est en service de réanimation au service de cardiologie de l’hôpital du Nord, raconte 20 minutes son avocat Me Jean Codognès. Elle a le syndrome du cœur brisé, également connu sous le nom de tako-tsubo. C’est une crise cardiaque causée par une émotion trop forte.

“Un traumatisme”

Un témoignage de la nature exténuante d’un tel processus pour toutes les parties. « Mon client a aussi vécu un traumatisme, raconte Me Codognès. Elle a une blessure morale : conduire ce bus. Cela fait quatre ans et demi que tous les psychologues lui disent d’oublier. Elle n’oublie pas. Ils recourent à une sorte de camisole de force chimique, mais cela n’élimine pas ses problèmes suicidaires. »

Le parquet de Marseille avait également anticipé le phénomène en mettant à la disposition des prévenus et des familles des victimes des chiens sans parole, tandis que des membres de l’Association d’aide aux victimes d’actes criminels siégeaient en permanence pendant toute la durée de l’audience. Et la présidente de la Cour, Céline Ballérini, considérée comme aussi humaine que déterminée, a admis avoir mis fin à ce qu’elle qualifie d'”une semaine difficile”.

“Une douleur d’être à nouveau confronté à ce drame”

“Mes clients vivent cela avec beaucoup d’émotion”, déclare Me Gérard Chemla, avocat de nombreuses parties civiles. Ils avaient l’impression qu’une soupape s’était ouverte dans le conducteur. Et c’est rassurant pour eux de voir à quel point cette épreuve peut être douloureuse comme elle l’a été pour nous. Ce processus est une épreuve en soi. C’est assez paradoxal. Il y a à la fois un sentiment de libération à l’approche de la vérité et une appropriation du drame. Et en même temps il y a la douleur d’être à nouveau confronté à ce drame. »

“Ce processus est difficile, il était forcément prévisible, au contraire, Me Vanessa Brandone, qui défend aussi les personnes endeuillées, m’agace. En tant qu’avocats, vu les faits et leur intensité, nous nous doutions qu’il y aurait beaucoup d’émotion de part et d’autre. Mais c’est encore plus dur quand on voit l’attitude de l’accusé qui ne dit pas grand-chose. Dès qu’on la frotte un peu, elle pleure et ne parle plus. « Nous, les familles concernées, étions présents à cette audience, peste dans un communiqué Fabien Bourgeonnier, père d’une victime décédée et président de l’association En mémoire de nos anges. Pendant près de cinq ans, nous nous sommes tus, avons pleuré en silence et nous sommes allés à ce processus avec dignité, sans crises ni insultes, juste pour connaître la vérité. »

Et inquiétant, “devrions-nous être obligés de tout recommencer et devoir faire partie de notre processus sans sa présence?” Incapable de poser des questions importantes et de recevoir les réponses dont nous sommes victimes… » Selon Me Codognès, sa présence lundi en deuxième semaine de procès reste incertaine si la vie de son client n’est pas en danger au moment où ces lignes sont écrites.

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