Au procès de l’attentat de Nice, un prévenu est confronté à ses conversations avec le terroriste

L'interrogatoire de Chokri Chafroud lors du procès pour assassinat à Nice, le 22 novembre 2022.

S’il fallait suivre une seule journée du procès de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice pour mesurer la complexité, l’ambivalence, l’indécidabilité et franchement l’étrangeté des faits qui y sont évalués, nul doute que c’était à ça. Alors que les assises spéciales de Paris avaient théoriquement terminé l’examen des faits, l’un des accusés, Chokri Chafroud, qui encourt 20 ans de prison pour “association terroriste de malfaiteurs”, a été réexaminé mardi 22 novembre.

Cet interrogatoire surprenant n’était pas prévu dans le plan initial. Elle fait suite à la diffusion sur Facebook de conversations entre ce sans-papiers tunisien de 46 ans et le tueur de la Promenade des Anglais dans les mois qui ont précédé l’attaque des débats. Lors de son premier interrogatoire, le 10 novembre, seuls quelques extraits de l’enquête ont été mentionnés, mais une avocate des parties, Mmee Samia Maktouf, a demandé que toutes leurs conversations soient traduites de l’arabe et discutées lors de l’audience.

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Il est peu probable que ce procès apporte aux parties civiles toutes les réponses qu’elles espéraient quant au contexte de cet attentat monstrueux : le tueur de la Promenade des Anglais, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, les a emmenées dans sa tombe. Mais derrière ce public se cache une histoire invisible faite d’hypothèses et de fantasmes. C’est, on l’a deviné au fil des semaines, la relation trouble que le terroriste entretenait avec son ami Chokri Chafroud dont l’ambiguïté vénéneuse se dégage de ces conversations.

frustration et abus

Nous vous écrivons début 2016. Après quelques mois à Nice, où il n’a pas trouvé de travail, Chokri Chafroud est rentré en Tunisie et souffre de la redécouverte de la misère qu’il voulait fuir. Dans sa correspondance avec le terroriste, il se plaint de la situation économique de son pays (“La Tunisie est un gâchis”, “Il n’y a pas de travail et pas d’avenir, rien que de l’humiliation”…) et s’inquiète de la situation politique après une série d’attentats meurtriers de l’organisation État islamique contre l’armée régulière : « Ça y est, la Tunisie est foutue. »

Dans ce paysage dévasté, Chokri Chafroud est désespéré. Il rêve de réunir assez d’argent pour retenter sa chance à Nice et envoie de longs messages demandant à son ami de l’aider à trouver un emploi dans le bâtiment. La dimension problématique de cet échange est pour exprimer sa frustration, Chokri Chafroud, dont l’intelligence réside dans la “Milieu inférieur” utilise des images d’une violence extrême, selon un expert.

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